Un après-midi de tolérance à Jérusalem

Ce fut un jeudi soir étrange. Comme si Jérusalem, débarrassé de ses oripeaux de cité pieuse où la proximité d’avec le ciel rend ses habitants insensibles à ce qui n’est pas précepte religieux, faisait corps avec l’une des significations de son nom : la ville de la paix. Pendant au moins trois heures, des milliers de gens – 25.000 officiellement ; 30.000 pour certains médias- ont défilé sur des Kms. Foule joyeuse, bon enfant, venue participer à La Gay Pride de la « Ville sainte ». Des jeunes, des plus âgés, laïcs, religieux, homosexuels, hétéros, en couple, avec enfants ou pas…Un immense cortège où dominait, bien sûr, le drapeau arc en ciel. De toutes les tailles, de l’immense en forme de banderole au fanion tenu dans la main, parfois emmêlé à une rose rouge, que l’on déposait devant l’immense portrait de Shira Banki, cette jeune fille de 16 ans venue participer l’année dernière à la Gay Pride et qui n’avait pas survécu à ses blessures, après avoir été poignardée par un ultra-orthodoxe, Yishaï Shlissel. Un récidiviste. Dix ans plus tôt, lors de la parade de 2005, il avait attaqué des participants, là encore à coups de couteau. Il avait alors été condamné à 12 ans de prison et venait tout juste d’être libéré, lorsqu’il a porté les coups qui ont tué Shira. Cette fois, il a été condamné à la perpétuité. Pourtant, il ne désarme pas. 24h avant le défilé de ce 21 juillet, il a été interrogé par la police qui le soupçonnait de préparer, de sa cellule, une nouvelle attaque. Un de ses frères aurait été arrêté.
Contre les attaques homophobes…
• Ils étaient nombreux ceux qui défilaient pour la première fois. En mémoire de Shira; mais aussi pour protester contre les attaques homophobes de ces derniers jours : la gay Pride annulée à Beersheba, la métropole du Néguev, pour des motifs sécuritaires. Un argument qui n’a pas vraiment convaincu et en parallèle, ces déclarations d’un rabbin, directeur d’une école talmudique militaire ( Yeshivat Hesder) dans la colonie de Elie en Cisjordanie, Ygal Levinstein. Lors d’une conférence de presse, il avait non seulement expliqué que les homosexuels étaient des « pervers ayant abandonné la normalité de la vie », mais ajouté : « ce groupe rend le pays fou et a pénétré de toute sa puissance les forces armées … » Le lendemain, 250 rabbins sionistes religieux et ultra-orthodoxes lui apportaient leur soutien via une lettre ouverte. Émoi au sein du courant « Sioniste religieux ». Entre ceux qui soutiennent Levinstein et ceux qui le condamnent, la blessure est à vif. D’où le choix d’un certain nombre de personnes pratiquantes de participer au défilé, au nom « d’un judaïsme tolérant ». C’était écrit sur des pancartes et des autocollants apposés sur des sacs, voire des poussettes.
Colère contre le Maire
• Mobilisés aussi, et parfois très en colère, ceux qui en voulaient à leur maire. La veille, il avait affirmé haut et fort : « je ne serai pas de la Gay Pride pour ne pas heurter le judaïsme orthodoxe ». Entendez : les ultra- orthodoxes qui siègent dans mon conseil municipal et les religieux nationalistes-ceux de mon parti, le Likoud, et les autres qui apprécient mon agenda politique-. N’oublions pas que Nir Barkat a aujourd’hui des ambitions politiques nationales. Il se verrait bien ravir la direction du Likoud à Benjamin Netanyahou et pourquoi pas devenir Premier ministre. Alors pas question de mettre en danger ces aspirations en se faisant remarquer dans une Gay Pride.
Sécurité! Sécurité!
• En dehors d’une trentaine d’interpellations dont deux hommes qui portaient un couteau, la police n’a eu à gérer ce soir-là que les mécontents qui , parce qu’ils n’avaient pas reçu le fameux bracelet d’identification, violet ou orange, ne pouvaient pas défiler. Pourtant, jamais le dispositif sécuritaire n’avait été aussi imposant : Deux mille policiers mobilisés, des tireurs disposés sur les toits et les rues adjacentes bloquées par des autocars, des autobus, avec parfois deux rangées de vans appartenant aux forces de l’ordre en travers de la chaussée et disposées à quelques mètres de distance. Sans compter les barrières tout au long du parcours afin d’empêcher le passage et permettre aussi la fouille des participants. Bref pas question d’avoir un nouveau drame. Celui d’une foule attaquée à coup de couteaux ou de voiture bélier, que ce soit par un religieux fanatisé ou un Palestinien radicalisé…
• Et maintenant foin des mots ! Place aux photos, avec ce florilège en forme de choses vues.
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