Les olympiades oubliées

Il est temps que je passe aux aveux ! Le samedi matin, j’ai un péché mignon. Levée tôt, une bonne tasse de café à proximité, je me précipite sur les journaux israéliens de fin de semaine. Des dizaines et des dizaines de pages, où dominent les suppléments politiques, culturels, économiques, loisirs, voyages et interviews des dernières célébrités. Impossible de tout lire. Alors je vogue entre Haaretz, le quotidien indépendant, et le populaire Yediot Aharonot- droite anti Bibi- qui, pour la fin de la semaine, publie un supplément politique avec des signatures de droite, de gauche, écrivains, universitaires, polémistes +celles des grands éditorialistes du journal. Mais avant d’y regarder de plus près, je vais, que dis-je ? je cours vers la dernière page, celle de la chronique du romancier Meïr Shalev . Voilà que dans un bel Hébreu et chaque semaine, il tire la substantifique moelle de l’actualité. Humour, cocasserie, soupir ou franche rigolade ! Qu’il évoque cette information qui n’a retenu l’attention de personne-sauf la sienne- ou nous décrypte à sa manière celle qui, les jours précédents, nous a tenus en haleine. Le tout avec références bibliques, talmudiques ou philosophiques, sur lesquelles il m’arrive de transpirer. Ignorante que je suis !
Des exemples ! Des exemples ! Je vous entends d’ici trépigner. Patience ! Nous y sommes :
Les médaillés
Dans sa chronique du 22juillet -les journaux du Shabbat sont publiés le vendredi matin- et après avoir mis son grain de sel concernant le scandale de la semaine : les propos homophobes du rabbin Ygal Lewinstein (voir ma livraison précédente : un après-midi de tolérance à Jérusalem), il casse l’ambiance ! Ne voilà-t-il pas qu’il compare l’effervescence qui enveloppe déjà les jeux olympiques de Rio ( à la mi-juillet, on a eu ,super médiatisée, la visite chez le président de l’Etat, Reouven Rivlin, de l’ensemble des sportifs israéliens en partance pour le Brésil) avec le désintérêt général face à ceux qui au même moment et médailles autour du cou rentraient en Israël, en provenance de Zurich. Là où se sont tenues, cette année, les Olympiades de physique. Pas de visite à la résidence du chef de l’état ! Pas non plus de coup de téléphone ! « Même le Premier ministre qui a l’habitude de se faire photographier avec des footballeurs, lesquels nous couvrent régulièrement de honte, n’a pas invité nos physiciens médaillés. Seul « Juste » : le ministre de l’éducation, Naftali Bennet. Il a passé un coup de fil au chef de l’équipe et l’a félicité pour le succès israélien à ces olympiades… » Quant aux médias, le vide était quasi sidéral. Alors, en signe de réparation, Meîr Shalev cite tous ceux qui ont été couronnés- trois médailles d’argent, une de bronze et une citation au tableau d’excellence-, le nom de leurs lycées, celui du chef de la délégation ainsi que les deux entraineurs. Et pour notre gouverne, il ajoute : « en matière de classement général, nos jeunes physiciens ont pris la 19ème place sur 87. Vu « l’étendue » de notre pays et son peu d’investissement dans ce domaine, c’est un très bon résultat. La plupart des premières places ont été prises par des pays d’Extrême Orient. Et en Occident, seuls les États-Unis et l’Allemagne précèdent Israël. Israël, qui, sera l’hôte des prochaines Olympiades en 2019. Ce qui signifie la venue en « Terre promise » de dizaines d’équipes nationales, de centaines de concurrents et une multitude de quotients intellectuels élevés… » Une occasion aussi, pour notre écrivain, d’envoyer une supplique aux ministres de l’Éducation, des Finances, sans oublier la préposée à la culture et aux sports : « Il serait utile de commencer à mobiliser des budgets et entrainer nos représentants comme il se doit. » Au Premier Ministre et au Président de l’État : « Bien qu’il ne s’agisse ni de sauts, ni de football, peut-être pourriez-vous, également, vous intéresser au sujet… »
Le déclin des maths
Une information inutile, pensez-vous ! Pas tant que cela, quand on sait que ces dernières années, le nombre de lycéens qui choisissent de s’investir dans les Maths et la Physique est en déclin. C’est ainsi qu’en maths, ceux des élèves qui se présentent au bac coefficient 5 (le plus élevé) est passé de 17,1% en 2009/10 à 15,8% en 2013/14. A l’université, sur 228.600 étudiants, 30% seulement sont inscrits en science et technologie. Un phénomène qui inquiète beaucoup les tenants de la « Start-up Nation ». Comme le Président de Intel Israël, Shmouel « Mooly » Eden, qui, il y a deux ans, lançait ce cri d’alarme : « La High-tech israélienne n’a pas d’avenir ». Motif : Non pas la concurrence étrangère mais la baisse du nombre des lycéens se présentant au bac de Maths, coefficient 5. « Sans lycéens qui étudient Maths et Sciences à un haut niveau, ajoutait-il, il n’y aura pas, lors de la prochaine génération, un réservoir suffisant d’employés hightechs. »
Récemment, le ministre de l’éducation, Naftali Bennett, visiblement préoccupé, a confié à ses équipes la mise sur pied d’un plan visant à renforcer les études mathématiques à l’école. Il est évidemment trop tôt pour en déterminer l’influence. Ceci étant, ce que le ministre de l’éducation vient de comprendre, quatre jeunes entrepreneurs de la High-tech israélienne l’ont saisi depuis quelques années. A la question : « pourquoi les élèves sont-ils rebutés par les Maths, ce qui portent atteinte à leur possibilité, une fois devenus adultes, à s’insérer dans le monde de l’emploi et de la technologie avancée ? » « La peur » ont-ils répondu. D’où ce logiciel qu’ils ont développé- l’étude du calcul par le jeux- et qui aujourd’hui se vend dans 45 pays. Dernièrement, nouveau succès : un homme d’affaire australien vient d’investir 45 millions de dollars dans leur Start-Up (Matific). Ce qui leur vaut les honneurs de la presse locale ! On n’est pas une « Start-Up Nation » pour rien !
Chez les fous.
Romancier, essayiste, auteurs de livre pour enfants, Meïr Shalev est à gauche. Sans forfanterie, ni provocation. Ces derniers temps, il semble inquiet. Comme le prouve cette histoire qui clôt sa chronique. Une histoire entendue à la radio. Un jeune homme arrivé dans un hôpital psychiatrique pour consulter au sujet de ses problèmes liés à un surpoids, s’est retrouvé sans coup férir en hospitalisation forcée dans un service fermé. « Pas de projets d’avenir définis » avaient diagnostiqué les médecins ! Au-delà de son aspect choquant et arbitraire, l’histoire a provoqué chez notre écrivain une inquiétude personnelle : « Moi aussi, écrit-il, je n’ai pas de projets d’avenir définis. La vérité m’oblige même à confier que les grands tournants de ma vie, professionnels ou autres, n’ont jamais été le résultats d’un plan déterminé. J’ai même été parfois surpris. Mais, je suis aussi inquiet pour Israël (J’ai le même âge) : A-t-il des projets d’avenir définis ? Plus précisément, son gouvernement et celui qui le dirige ont-ils des projets de cette nature ? Tout cela pour dire qu’au lieu d’attendre les prochaines élections, on peut directement et dès aujourd’hui s’adresser à un psychiatre. » Comprenne qui voudra ? De quoi méditer ? C’est selon. Reste que dit à la façon d’un écrivain, on se retrouve en terrain plus enjoué ou bienveillant que sur nos réseaux sociaux et leur amitié virtuelle.