La culture, la messie et la grenouille

Certains la comparent à un Donald Trump en jupon. D’autres à une « Madame Sans Gêne » hautement politique. Moi, Miri Regev me fait penser à ces maitresses d’école, aux visages avenants, qui, en début d’année, font une bonne impression. Au point que leurs élèves rentrent à la maison, en déclarant à leurs parents : elle est chouette notre nouvelle maitresse ». Un enthousiasme qui, en général, dure peu. Dès le lendemain ou le surlendemain, la prof sympa s’avère être de celle qui partage une seule et même devise : « celui qui n’est pas avec moi est contre moi ! » En d’autres termes, la classe sera séparée en deux groupes : les chouchous et les toujours punis. La distinction est nette. Et gare à l’heureux élu qui viendrait à se rebeller, il a toutes les chances de se retrouver dans le camp des détestés, de ceux qui se prennent toutes les punitions : coup de règles sur les doigts, colles sans fin, notes exécrables, sans oublier la réprimande salée au vu et au su des camarades qui restent cois. Pour eux l’année sera sacrément longue !

La star de la périphérie !
Les dernières élections, celle de mars 2015, qui vit la victoire éclatante du Likoud dirigé par Benjamin Netanyahou, devait aussi consacrer Miri Regev, devenue au fil des années, la star des populations de la périphérie. Celles qui habitent loin de Tel-Aviv, au nord, comme au sud et pour qui les déclarations brutes de décoffrage ou les apparitions publiques, loin du politiquement correct (celui des vielles élites ashkénazes ?), sont un vrai bonheur. Du miel à la saveur ineffable ! De celui qui fait de Miri la passionaria du peuple. Sa porte-parole- plus loyale que Maayan Adam tu meures- ne dit-elle pas à son propos : « Tout ce qu’elle fait, du moment où elle ouvre les yeux le matin, jusque tard dans la nuit quand elle plonge dans un sommeil bien mérité, tout tourne autour de l’équité. C’est quelqu’un qui vient du peuple et agit pour lui. »

La très chère « Couronne de l’Orient »
Devenue ministre de la Culture et des Sports, un portefeuille qu’elle ne souhaitait pas, sa préférence allant à l’Habitat- elle a tout de suite annoncé la couleur. Celle d’une révolution culturelle, avec changement des élites et primauté de la musique méditerranéenne. Autrement dit, ce qu’on appelle, en Israël, les chanteurs « Mizrahiim » ; en français, les chanteurs orientaux. Elle a d’ailleurs tout fait pour que « GalGalatz », une station très populaire chez les jeunes, change, en ce sens, son hit-parade. Lors de la pâque juive de cette année, elle n’a pas hésité à sortir de son budget, la somme conséquente d’un million 600.000 shekels ( 376.112 Euros) afin d’organiser et produire un festival de chansons méditerranéennes à Tibériade. Intitulé « La couronne de l’Orient » et diffusé en direct par une chaine de télévision, il s’est clos par un énorme concert où se sont produits des artistes très, très, bien payés. Comme Eyal Golan qui a touché un cachet d’environ 100.000 Shekels (23.507 Euros) pour une apparition de 7 minutes et deux chansons. Sarit Hadad, avec elle aussi deux chansons, a touché un peu moins : 93.000 Shekels (21862). D’autres comme Ishaï Levi ou Moshik Aafya se sont contentés de sommes plus modestes. Respectivement 26.000 shekels 6112 Euros) et 20.800 shekels (4889 Euros). Mais pour une seule chanson chacun.

« La » messie de la musique méditerranéenne
Quand certains médias ont demandé des explications au ministère de la Culture, ils se sont vus répondre : « La couronne de l’Orient qui s’est déroulé à Tibériade est un évènement d’ampleur nationale dédié à la musique méditerranéenne et dont l’ambition est d’attirer le public le plus large. C’est ce qui a eu lieu. Le choix de la ville-hôte, s’est fait selon des critères définis, conformément à la loi… » Bref, passez votre chemin, il n’y a rien à voir ! Pas question, non plus de répondre aux témoignages selon lesquelles, Miri Regev aurait profité de « la Couronne de l’Orient » pour renforcer son assise politique, en invitant notamment nombre de militants du Likoud à s’asseoir avec elle, dans un espace édifié près de la scène pour les VIP. Pour les simples pékins, ceux du public pour qui la soirée était gratuite, c’était plus loin, le postérieur directement sur la pelouse. Interrogé à ce sujet, la Mairie de Tibériade a expliqué : « D’après nos informations, aucun militant du Likoud ne se trouvait dans cet espace réservé. La mairie de Tibériade n’a rien à voir avec cette question ». Militants du Likoud ou pas, Miri Regev était bien là. Oh, pas longtemps. Suffisamment en tous cas, pour se faire voir et, surtout, recueillir les applaudissements de tous, l’animateur de la soirée, les artistes invités, le maire de Tibériade, le public. Parmi les plus beaux compliments pour elle, celui lancé par la chanteuse, Margalit Tsenani « Miri Regev, Sarteein (bravo en arabe) pour la révolution » ! Un autre chanteur, Aviou Medina, a osé la comparaison : « Le messie est arrivé dans la musique israélienne méditerranéenne. Il s’appelle Miri Regev ! Nous attendions le messie et c’est « une » messie… ». Pas plus, pas moins et qu’importe le prix !

La meilleure des défenses ? L’attaque !
Pas de démenti, encore moins de reculade, pour la ministre de la culture et des sports : l’attaque est la meilleure des défenses. Comme, la semaine dernière, lorsque, en conseil des ministres hebdomadaire, il est question du report de l’ouverture de la nouvelle société publique de diffusion qui doit remplacer l’ORTI. N’y résistant pas, elle prend la parole pour lancer : « quel est l’intérêt de mettre en place cette corporation si nous ne la contrôlons pas ?… Quoi ? nous allons mettre de l’argent dedans et ensuite, ils diffuseront ce qu’ils veulent ? » Une de ses collègues, elle aussi du Likoud, lui rétorque : « Il s’agit d’un diffuseur public pas d’un porte-parole ! » Mais c’est dans les heures qui suivent, avec la reprise en boucle de ses propos dans les médias et sur les réseaux sociaux, qu’elle se prend une volée de bois vert. Qu’à cela ne tienne ! Elle demande au Conseiller juridique du gouvernement d’ouvrir une enquête sur la fuite concernant la réunion de cabinet de la veille : « Publiez toute la transcription », lui demande-t-elle. « Que le peuple juge mes commentaires et ceux de mes collègues dans leur intégralité. Sinon lancez une enquête sur qui a malicieusement divulgué l’information partielle dans le but de tromper le peuple…. Les commentaires qui ont été révélés ne reflètent pas mon point de vue à part entière ».

Le peuple contre l’élite?
Le peuple, toujours le peuple ! Du moins celui qui lui est acquis, qui « like » ses posts ou se précipite pour la toucher, faire une Selfie, l’embrasser quand elle est sur place pour un évènement local. Pas comme ces gauchistes, artistes ou non, qui la sifflent à l’ouverture du festival international du film à Jérusalem, lorsqu’elle s’écarte du sujet du jour, le cinéma, pour faire de la politique et évoquer notamment le meurtre dans son sommeil d’une jeune fille de 13 ans, par un palestinien infiltré dans une colonie de Cisjordanie. Là encore, elle contre-attaque le lendemain dans des interviews à la télé. « A gauche, ils ont franchi toutes les lignes rouges, honte sur eux ! …. Il s’agit d’une élite qui ne veut pas lâcher le pouvoir qu’elle avait dans le passé. Je leur ai ôté le tapis rouge sur lesquels ils étaient habitués à marcher pour contrôler la culture israélienne… La gauche n’a pas le monopole de la culture et des questions sociales. Nous avons été élus pour mettre en place l’égalité des chances et la réduction des fossés socio-culturels… » Car Miri Regev, c’est, sans conteste, la gauche qui est derrière les huées de la veille. Celle de l’ancienne élite, celle de ses artistes qu’elle qualifie « d’agents de l’étranger ». Actrices célèbres comme Gila Almagor ou Rivka Michaeli , écrivains à la réputation internationale comme David Grossman ou Amos Oz. Toutes choses reçues cinq sur cinq par une grande partie de l’opinion publique israélienne. Il n’est qu’à voir les réactions sur son mur Facebook. Et tant pis pour ses détracteurs. Cela ne lui fait ni chaud, ni froid !

La grenouille qui monte, qui monte…
Il y a un conte qu’elle aime tout particulièrement évoquer, notamment lorsqu’en visite dans des écoles, elle parle aux jeunes. Le personnage central en est une audacieuse grenouille. Alors que toute sa communauté vit au fond d’un puits aux parois glissantes et n’a donc aucune idée de ce qui se passe à l’extérieur, notre jeune effrontée ne cesse de tenter de grimper pour voir enfin le grand monde. « Pourquoi se tracasser ? Tu n’y arriveras pas ! Reste à ta place ! Colle à tes origines ! » lui répètent la communauté de batraciens. » Mais la petite est obstinée. Et viens le jour, où elle réussit à se hisser jusqu’à la margelle du puit d’où elle regarde ses anciennes compagnes. Ébaubies, celles-ci lui crient : « comment as-tu réussi ? » C’est alors qu’elle pose sa petite patte de grenouille sur son oreille et leur lance : « je ne vous entends pas ! » Notre rainette était sourde !
Pour Miri Regev, il n’y a qu’une seule morale à cette histoire, la sienne : « Je peux être attaquée. Je le suis. On descend en flamme mes motivations, mais je n’entends rien. Je suis occupée à grimper… » Jusqu’où ? Certains lui prédisent déjà le fauteuil de Premier ministre… A suivre donc !

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