Clochemerle ou le fait du Prince?

CLOCHEMERLE OU LE FAIT DU PRINCE ?

ISRAEL OBIT BENZION NETANYAHU

Photo: The Telegraph

Il y a un an mourait à 102 ans, le professeur Ben-Zion Netanyahou, le papa du Premier ministre israélien. Il y a 19 ans, c’était le professeur Yeshayahou Leibovitch qui disparaissait à l’âge de 91 ans. Le premier était historien, spécialiste de l’histoire des Juifs d’Espagne. Politiquement, il se plaçait résolument du coté du Sionisme révisionniste, celui de Zeev Jabotinsky dont il fut, un temps, le secrétaire personnel. Ce qui, dans l’Israël contemporain, l’a amené à défendre, même s’il n’était pas religieux, les idées du « Grand Israël », de la mer jusqu’au Jourdain et au delà. Le second, chimiste, historien des sciences, philosophe et moraliste, juif très pieux, était à l’opposé. Grand critique de la politique israélienne, il n’a cessé de dénoncer l’occupation des territoires palestiniens et la guerre au Liban. Il s’en est pris également aux élites politiques qu’il accusait régulièrement de corruption. Peu soucieux du « politiquement correcte », il n’a pas hésité à recourir à la provocation, ce qui en fit une des personnalités les plus impopulaires du pays. En fait une seule chose rapproche ces deux hommes : le fait qu’ils ont été, chacun en leur temps, des rédacteurs en chef de l’Encyclopédie Hébraïque.
Reste qu’aujourd’hui, les voilà à nouveau sur le devant de la scène pour une histoire « toute bête » : ce que j’appellerais « l’immortalité urbaine ». Autrement dit, cette tradition universelle qui veut qu’on perpétue la mémoire d’une personnalité exceptionnelle en donnant son nom à une rue, un lycée, une université, une autoroute etc.
En principe, selon les règles en usage à la municipalité de Jérusalem, il faut attendre 3 ans après le décès pour que la commission ad hoc puisse lancer la procédure qui verra tel lieu de la cité prendre le nom de celui qu’on veut honorer. Pourtant, pour Ben-Zion Netanyahou, les choses sont allées beaucoup plus vite. Certains parlent même d’une accélération sans précédent de l’Histoire. Depuis quelques jours, soit un an après sa mort, voilà qu’un échangeur routier porte son nom. Et pas n’importe lequel. Il s’agit de celui qui relie désormais le quartier de colonisation de Pisgat Zeev à la route 443 qui est en territoire occupé sur plusieurs dizaines de kms, avant de retrouver l’autoroute n°1 en direction de Tel-Aviv.
Fait du prince ? Politique électoraliste ? Ou procédure totalement légale ? Les avis sont partagés. Pour ce conseiller municipal étiqueté Meretz, petit parti sioniste de gauche, « la procédure accélérée est liée à la tentative du maire, Nir Barkat, d’empêcher le Likoud (un parti dont il se revendique) de présenter aux prochaines municipales (prévues à l’automne 2013) un autre candidat ». En revanche, selon les responsables de la mairie de Jérusalem, tout s’est déroulé dans la plus stricte légalité. « D’autant plus –expliquent-ils- que pour les échangeurs, la procédure n’est pas la même que pour les rues… ! » Et comme je respecte votre patience, je vous passerais le côté kafkaïen du processus concerné : d’abord sous-commissions puis commission ad hoc, chacune en charge de recommandation, autorisation, approbation. Sans oublier, en fin de parcours, le vote du conseil municipal, sans lequel tout est nul et non avenu !
Dans tous les cas, pour papa Netanyahou, une chose est sure : les bureaucrates concernés ont appuyé sur le champignon pour passer à la vitesse grand « V ». Avec en plus un trajet sans la moindre anicroche. Résultat : l’inauguration de l’échangeur et son « baptême » ont eu lieu quelques heures avant que le Premier ministre ne s’envole pour la Chine. L’occasion pour son fils, Benjamin Netanyahou, de déclarer : « Nous agissons continuellement et avec méthode afin d’unifier Jérusalem et d’en faire une partie intégrante de notre pays. Importante pour nous, Sion l’était aussi pour mon père. Ce n’est pas par hasard qu’il se prénommait « Ben-Zion » (Fils de Sion en français). Cela dit tout ! … Il me manque beaucoup… C’est lui qui m’a enseigné que notre plus grande responsabilité était d’assurer la sécurité d’Israël et de consolider son avenir. C’est cet héritage, cette tradition qui doit nous unir à toute heure du jour et de la nuit. »

Leibowitz 2

Photo: Le Monde Juif.

Ironie du sort ? Hasard de calendrier ? Perfidie journalistique ? On apprenait, à peu près au même moment, que la municipalité de Jérusalem avait enfin accordé « l’immortalité urbaine » à Yeshayahou Leïbovitch. La fin d’un long combat- plus ou moins 16 années- entre partisans et adversaires du philosophe. Il y a ne serait-ce qu’un mois, Nir Barkat avait suspendu le vote au conseil municipal en raison de l’accumulation sur son bureau des lettres et mails de protestations de hiérosolymitains, célèbres ou anonymes. Reste aujourd’hui une inconnue : l’endroit choisi pour honorer la mémoire de ce professeur de renom. Quel sera-t-il ? Une rue ? Un boulevard ? Une large avenue ? Une allée peu fréquentée ? Une impasse ? Un cul-de-sac ? La décision n’a pas encore été prise. Et d’aucuns, probablement des mauvaises langues, affirment déjà que ce n’est pas pour demain. Qu’il faudra même attendre plusieurs années ! Pourtant, si on en croit ce qui se dit dans la mairie, il devrait s’agir d’un espace goudronné au sein du campus Guivat Ram de l’université hébraïque de Jérusalem. Autrement dit quelque chose de pas trop voyant. Comme si une rue à ce nom dans un quartier résidentiel allait révulser les riverains qui n’auraient plus qu’une idée : déménager au plus vite. Sans parler des employés du tri postal qui devront se faire à l’idée d’une distribution de courrier à cette adresse. Et quid de la main qui écrira sur l’enveloppe « Rue Yeshayahou Leïbovitch ». Pourra-t-elle trouver le repos ?

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