MAIN CACHERE SUR LA VILLE

 

 

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Le « Restobar » n’est plus ! C’est arrivé comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Du jour au lendemain.  Sur la porte, aucune explication. Sinon une simple affiche blanche, avec en lettres noires : « Fermé ». Comme une annonce mortuaire. Et pour les habitués de ce café brasserie  situé en haut de la rue Gaza, à Jérusalem, presqu’en face de la résidence du Premier ministre, c’est bien de deuil qu’il s’agit. Fini le drink en fin de soirée, la salade de milieu de journée et surtout, car c’était un des rares à être ouvert le shabbat, le café croissant du samedi matin suivi ou non du brunch qui vous calait jusqu’au soir, lorsque la ville reprenait son rythme des jours ouvrables. Plus question non plus  pour le parlement des fumeurs de tenir séance ou pour les ministres, députés, universitaires du quartier ou non, étudiants avec ordi en bandoulière, de se côtoyer  sans respect excessif ni familiarité désobligeante. Car c’était cela le Restobar. Le lieu de toutes les rencontres où même les plus rigides finissaient par se dégeler, tant l’air y était convivial. Durant les longs mois de leur Sit-in, non loin de la demeure du Premier ministre, les parents de Guilad Shalit y avaient porte ouverte. Une seconde maison jusqu’à la libération de leur fils.

Pourtant, il y avait un bémol. Du moins aux yeux des tenants du judaïsme orthodoxe : l’endroit, on l’aura compris, n’était pas cachère. Et c’est ce qui  finalement l’a perdu. Comme le dit Shahar Levy (aucun lien de parenté avec Laurent Levy, le nouveau propriétaire des murs) qui, avec sa femme Abigaïl, le dirigeait sept jours sur sept : « Nous avons survécu à des périodes très difficiles, comme celle des attentats en plein cœur de la ville, mais l’ennemi est venu de l’intérieur. C’est la coercition religieuse qui nous a brisé » Et d’ajouter : «  que je sache aucun  propriétaire laïque n’obligera un juif pratiquant à ouvrir. Mais dans le sens contraire, c’est visiblement  tout à fait naturel ! ».

Explications : le bâtiment où se trouvait le «  Restobar » appartient depuis quelques années à Laurent Levy, un   homme d’affaire originaire de France. Avant d’émigrer en Israël, il y a huit ans, cet opticien de formation, a fait une fortune considérable en développant « Optical Center », une entreprise d’optique et d’appareil auditifs qui compte aujourd’hui sur le territoire français  plus de 350 magasins (96 succursales et 254 franchises) et plus de 2000 collaborateurs. Bref une réussite à tout point de vue y compris sur le plan financier. 376 millions d’Euros de chiffre d’affaire en 2012, avec une progression de 14% par rapport à l’année précédente.  Cette même année, pour fêter les 20 ans d’existence de son entreprise, Laurent Levy a publié un livre « Les 7 clés pour réussir » où il en dit plus sur le pourquoi et le comment de sa devise qui est aussi celle de son enseigne : « Révélons notre acuité humaine ». En Israël, au-delà de ses activités philanthropiques – Il a crée une fondation qui distribue paires de lunettes et appareils auditifs à deux secteurs des populations défavorisées- les  enfants jusqu’à 20 ans et les personnes âgées, à partir de 60 ans- il est aussi promoteur immobilier. Très religieux, il s’est mis en tête de faire respecter, au maximum, la cacherout (les lois alimentaires juives) et le shabbat à Jérusalem ouest. C’est ainsi qu’il rachète des immeubles où se trouvent des cafés, restaurants ou bars devenus au fil des ans  les lieux de rendez-vous le vendredi soir et jours de fêtes, de la jeunesse laïque. Du moins celle que compte encore la ville sainte. Lorsque le bail du restaurateur ou cafetier vient à expiration, il pose, pour le renouveler,  ses conditions : que l’endroit devienne cachère et  ferme donc  ses portes le shabbat.  Certains propriétaires de bars ont accepté. Shahar Levy, lui,  a refusé.  Parce qu’il estimait que cela porterait un  coup fatal à son commerce. Mais aussi et peut-être surtout pour préserver  ce qui reste de pluralisme à la Jérusalem juive.

Interviewé par la presse locale, et au-delà de la tristesse de voir 15 ans de sa vie passés à la trappe du divin, il raconte comment jusqu’au bout, il aura tenté de convaincre son propriétaire de le laisser continuer, selon la formule qu’il avait choisi : « Nous lui avons demandé de regarder nos filles dans les yeux, de penser aux 50 familles qui se retrouvent sur le carreau. Mais cela ne l’intéressait pas. Il nous a simplement dit que nous serions béni du moment que nous fermerions le Shabbat. Vous savez, j’étais en face de lui, pratiquement les larmes aux yeux. Je l’ai supplié d’aller consulter son rabbin pour qu’il donne son avis, notamment à propos des familles des employés qui allaient se retrouver en difficulté. Il n’a rien voulu entendre ! ».

Face à la tempête dans les médias et sur les réseaux sociaux provoquée par la fermeture du « Restobar », Laurent Levy garde le silence. Il faut dire que selon le « Yediot Yerushalaïm », il donne très peu d’interview. Une exception pourtant : il y a trois ans,  dans le sillage de la polémique qu’il avait créée en annonçant son projet de construire un quartier ultra-orthodoxe en plein Jérusalem Est, arabe, il avait déclaré à ce même hebdomadaire: « Je fais des affaires et de l’idéologie. Les juifs doivent habiter à Jérusalem Est. Il se peut donc que j’achète dans cette partie de la ville un immeuble ou un terrain sans aucune valeur économique mais tout simplement par conviction. Pour que les juifs aient toute latitude de s’installer à l’Est. »

Reste qu’aujourd’hui pas mal de restaurateurs ou de propriétaires de bars ouverts le Shabbat et les jours de fêtes ne sont pas rassurés. Ils attendent le moment où le couperet va tomber. Plus ou moins tôt ! Plus ou moins tard !

Vent mauvais

Un employé de la voirie de Jaffa, près de Tel-Aviv, grièvement blessé par des jeunes juifs venus de Tibériade pour célébrer  la fête de Pourim. Le serveur arabe d’un restaurant de Tel-Aviv roué de coups, là encore par des jeunes gens, pour avoir retiré trop tôt une  coupelle de mayonnaise. Une jeune palestinienne agressée par des femmes juives religieuses à l’une des stations du tram de Jérusalem. Une enseignante arabe accompagnée d’une collègue juive violemment agressée par des élèves d’une école talmudique alors que toutes deux s’étaient garées, dans le quartier religieux  de Kyriat Moshe, à Jérusalem. Elles étaient là pour une visite de condoléances. Trois des assaillants ont été interpellés. Last but not least, mentionnons également     le rejet violent par les fans du Betar, le club de foot de Jérusalem, de deux joueurs musulmans  que le président du club, le « célèbre » Gaïdamak , a fait venir de Tchétchénie.

Depuis quelques semaines, le pays connaît une recrudescence des actes racistes anti arabes ou anti musulmans. Avec un point commun : ils sont tous commis par des jeunes, qui, même quand ils sont arrêtés et interrogés, ne semblent pas comprendre la gravité de leurs gestes.

C’est ainsi qu’après avoir présenté ses excuses aux deux enseignantes agressées ,le directeur de la Yeshiva, le Rabbin Weiss, n’a pas réussi à convaincre l’ensemble des élèves du caractère inadmissible de ce qui s’était passé. Pour la plupart des camarades des trois jeunes  arrêtés,  il n’y a pas de quoi  «  faire tant de  raffut autour d’une histoire qui ne concerne que trois cas difficiles qui à ce moment là s’ennuyaient et ont trouvé un exutoire ». D’autres ajoutent : « Avec tout le respect dû à ces enseignantes, elles n’ont jamais été en danger de mort…  Seulement quelques insultes et des lancés d’oranges… »  Bref pas de quoi s’émouvoir ! Sauf qu’il s’agit  visiblement d’une version très minimaliste de ce qui s’est réellement passée. La principale agressée, Souad Abou Zmira, une israélienne arabe de 25 ans qui enseigne dans une école juive du centre du pays,  en tremble encore : «  je suis sortie de la voiture, alors que mon amie  s’attardait à l’intérieur pour remettre de l’ordre. Immédiatement des jeunes m’ont crachée dessus, insultée. Ils m’ont traitée de « chienne » ! Je l’ai alors appelée pour qu’elle vienne à mon aide. Ce qu’elle a fait. Pourtant très vite, elle a compris qu’il valait mieux remonter en voiture et quitter les lieux le plus rapidement possible.… «  Nous avons donc couru vers la voiture. Mais, entre temps, des jeunes avaient crevé les  pneus, puis brisé le pare brise arrière. En fait, nous n’avons dû notre salut qu’à un group de profs, des religieux, qui nous ont emmenées en lieu sûr… » Dans tous les cas,  Souad Abou Zmira, (déjà il y a quatre ans, dans un autocar, elle   avait été la cible de bordées d’insultes de la part d’un passager, seulement  parce qu’elle était arabe, et  sans que personne n’intervienne) est certaine d’une chose : plus jamais elle ne remettra les pieds dans un quartier religieux de Jérusalem.  Et puis,  elle n’ose pas penser à ce qui serait advenu si elle s’était rendue seule à cette visite de condoléances à Kyriat Moshe. Sa collègue juive est toute aussi bouleversée.  Persuadée que les agresseurs venaient tous de l’école talmudique et qu’ils étaient beaucoup plus que les trois élèves interpellés par la police, elle affirme n’avoir jamais  eu aussi peur. Pour elle pas question de pardonner, du moins pour l’instant. Elle n’est d’ailleurs pas convaincue de la sincérité des excuses présentées par le Rabbin Weiss, notamment dans les médias : «  Moi on m’a appris qu’on ne peut pas à la fois demander pardon et faire preuve de compréhension … » Une allusion au fait qu’interrogé par les médias, le directeur de la yeshiva a certes  reconnu  l’orientation de plus en plus marquée à l’extrême droite de ses élèves, mais a affirmé en comprendre les raisons.  Il en cite au moins trois : « le traumatisme de l’évacuation des colonies de Gaza ; les déclarations de paix de la gauche qui se sont fracassées sur les attentats terroristes ( parmi eux celui perpétré contre Merkaz Ha Rav, son école talmudique, il y a cinq ans, avec comme bilan : 8 tués parmi es élèves) et les tirs de missiles sur les localités du sud du pays; et puis il y les médias plus enclins, selon lui,  à rapporter les agressions anti-arabes que celles dont les juifs sont la cible.  En tous cas à la question d’un journaliste « Donc vous comprenez les actes racistes ? », le Rabbin Weiss répond : « Je comprends d’où ils viennent, mais à mes élèves je dis que ce n’est pas la façon d’affronter la situation !  Le seul moyen, c’est l’amour. Nous devons être un royaume de prêtres  où le Goy (le non- juif)  est sacré. Il nous faut d’ailleurs être un exemple pour les Goyim et non pas nous conduire comme eux ! ».

Reste qu’à Jérusalem, des adolescents sont loin de partager ce point de vue.  A  la lecture d’un  long reportage publié récemment par le quotidien Haaretz, on a surtout l’impression que la jeunesse juive de la ville sainte, est marquée au sceau de la détestation de la population arabe. Une haine incompressible, qui n’appartient pas seulement à tel ou tel environnement socio-économique.  « Je suis un raciste fier » proclame cet élève de terminal d’un lycée  de Pisgat Zeev, un quartier de colonisation au nord de Jérusalem.  Un autre fréquentant un établissement tout ce qu’il y a de plus normatif ne fait pas dans le détail : «  je ne veux voir d’arabe nulle part. Pas dans la rue, pas dans les centres commerciaux, pas dans le tramway, pas dans mon lycée… Même  chez les Arabes qui disent vouloir vivre en paix avec nous, il y a quelque part en eux quelque chose qui fait qu’ils vont te planter un couteau dans le dos. Au plus profond d’eux-mêmes, dans leurs racines, ils sont contre les juifs ! » Paroles d’une minorité ? Selon un récent sondage,  la moitié des jeunes juifs interrogés affirme qu’il ne faut pas octroyer à la population arabe d’Israël les mêmes droits civiques qu’à la population juive ; 56% qu’il ne faut pas permettre l’élection à la Knesset, le parlement, de députés arabes. Une autre enquête d’opinion effectuée là encore  au sein de la jeunesse juive israélienne souligne que 46% ne croient pas à la coexistence judéo-arabe.

On pourrait aussi évoquer ces profs d’éducation civique qui ont de plus en plus de mal à faire cours. Surtout quand ils abordent des sujets comme les droits de l’homme ou la liberté d’expression. « Ce sont des thèmes considérés comme appartenant aux gauchistes, – explique l’un d’eux – et très vite, le débat tourne à la bataille politique ou plutôt  aux invectives entre élèves et également envers moi.  « Comment osez-vous fournir des excuses à nos ennemis ?   me lancent-ils ! »  Résultat : cette année, ce prof l’avoue lui-même,  il a consacré dans ces cours beaucoup moins de temps  à ces questions : «  Je n’ai plus la force de monter au créneau, de me confronter à de tels champs de mines. »

 

Tout cela se retrouve sur le terrain. C’est ainsi que selon la police, l’année passée a vu le nombre d’attaques à caractère nationaliste doublé à Jérusalem. De 28 à 56. D’où la création d’une unité spéciale chargée précisément de lutter contre ce type de criminalité : les tags insultants sur les églises et les mosquées, les incendies de lieux  fréquentés par des Arabes, les pneus crevés, les crachats sur les prêtres chrétiens, les jets de pierre et les coups. En 2012, 50 suspects ont été arrêtés. 30 plaintes ont été enregistrées. Mais certaines organisations estiment que la plupart des enquêtes n’aboutissent à aucune condamnation ou bien à des  peines très légères.

 

Avocat spécialisé en droit juif, Le Rabbin Dov Halbertal appartient à la communauté ultra-orthodoxe. Il est par ailleurs un ancien chef de cabinet du Grand Rabbin ashkénaze d’Israël. Aujourd’hui,  il a décidé de ne plus se taire face à la montée du racisme anti arabe chez les jeunes juifs. Notamment après l’attaque des deux enseignantes à Jérusalem, dans le quartier de Kyriat Moshe. Dans une interview au magazine de fin de semaine de Yediot Aharonot « Yediot Yeroushalaïm », il met en cause l’éducation des jeunes dans le courant « Sioniste religieux » et notamment ce qu’il appelle « l’éducation  colonisatrice ».  Verbatim : « Il est déjà clair que les colonies ont isolé Israël au plan diplomatique. Mais ce qui est encore plus clair, c’est à quel point, elles ont corrompu la jeunesse… les colonies sont la raison pour laquelle une partie de la jeunesse religieuse nationaliste brûle des mosquées, attaque des profs et s’en prend à des passagers du tramway. … » Evoquant la détérioration du statut des rabbins chez ces mêmes jeunes, il affirme : « Ils considèrent l’obligation de peupler « Eretz Israël » comme le commandement premier, celui que rien ne peut surpasser même pas  l’obéissance aux rabbins »  Face à une situation qui, à ses yeux, ne peut qu’aller en empirant, le Rabbin Halbertal en appelle aux dirigeants du sionisme religieux en leur demandant d’être sincère en disant haut et fort : « Nous nous sommes trompés lorsque nous avons sacralisé les implantations ». Sera-t-il entendu ? Pour l’instant rien ne l’indique.

 

Bus pour palestiniens

« Afikim », la compagnie de transport, responsable de la mise en service des bus destinés uniquement aux Palestiniens entre les checkpoints de Cisjordanie et le grand Tel-Aviv, est-elle  entrain de rendre légitime la ségrégation, dans les transports publics, entre Israéliens juifs  et Palestiniens ? En quelques jours,  cette question s’est invitée, en Israël, au cœur de l’actualité, les officiels et les associations de défense des droits de l’homme se renvoyant la balle. Les premiers affirment que le nouveau dispositif vise « à soulager la détresse des travailleurs palestiniens face aux compagnies de transports pirates qui leurs soutirent des prix exorbitants ». Les seconds parlent de décision purement raciste qui ne se justifie ni au plan sécuritaire ni dans la lutte pour désengorger les routes du pays. Pour étayer ces accusations, ils s’appuient sur une révélation datant de novembre dernier du quotidien indépendant Haaretz. Le journal avait annoncé qu’au  ministère des transports on examinait un plan visant à empêcher les Palestiniens munis d’un permis de travail en Israël d’emprunter les mêmes bus que les juifs. Le tout sous la pression du maire d’Ariel, feu Ron Nahman (il est décédé il y a peu des suites d’un cancer) et du président du conseil de la colonie Karnei Shomron. Tous deux affirmaient avoir reçu des plaintes de colons israéliens selon lesquelles les Palestiniens qui voyageaient sur les mêmes lignes de bus qu’eux représentaient un risque sécuritaire.

Du point de vue légal, les bus, en Israël, ont l’obligation de  transporter tout le monde,  sans distinction de race, sexe, religion, nationalité.  Par conséquent, tout palestinien détenteur d’un permis d’entrée en Israël a le droit de voyager dans les véhicules des compagnies israéliennes  de transport public. Mais sur le terrain,   la réalité est parfois  tout autre. A preuve, le témoignage  d’une militante de Mahsom Watch, une ONG de femmes israéliennes qui se postent aux barrages pour contrôler le comportement des soldats vis-à-vis des palestiniens. « Récemment, raconte Ofra, le bus 286 effectuant le trajet Tel-Aviv- Samarie, est arrivé à un checkpoint, avec à son bord pas mal de passagers palestiniens. Un officier de police  a alors  demandé au chauffeur de s’arrêter. Des soldats sont montés à bord et ont ordonné aux Palestiniens de descendre, alors que leur carte d’identité était ramassée. Ensuite, on leur a dit de se rendre à pied jusqu’au barrage de Azzun Atma situé à 2,5 kms de là. Ils se sont tous exécutés. Seuls quelques uns ont osé demander des explications. Ici où là, ils ont reçu ces deux réponses : « vous n’êtes pas autorisé à circuler sur  l’autoroute n°5 » ou bien « vous n’avez pas le droit d’emprunter les transports publics israéliens. Vous devez voyager dans des vans spéciaux… »  Face à cela, les « Désobéissantes », une association de femmes israéliennes qui, en infraction à la loi, emmènent régulièrement des palestiniennes et leurs enfants  en Israël, a organisé des vigies  qui prennent place dans les bus « mixtes » pour contrôler ce qui s’y passe et éventuellement s’opposer à l’expulsion de passagers palestiniens.

Reste les choses vues depuis l’entrée en service de ce dispositif « séparé ». Des centaines de travailleurs palestiniens  venus dès 4 heures du matin au barrage d’Eyal pour avoir une place dans ces nouveaux bus. Il y en a même que cela ne dérange pas. Ils ont fait leur calcul : une place dans le car va leur coûter 8.80 shekels le voyage au lieu des 15sh demandés par les conducteurs de camionnettes pirates. Soit une économie quotidienne de 12sh ; sur une paye à la journée de 200sh, ce n’est pas négligeable. Mais à l’arrivée- au compte goutte- des autocars, les choses se gâtent. Au pied de chaque véhicule, c’est une incroyable cohue. Et à 6H30, pas mal de travailleurs sont  toujours là à se demander comment et s’ils vont pouvoir rejoindre leur lieu de travail. Dans la nuit qui suivra, deux bus d’Afikim, stationnés dans un village arabe israélien du nord du pays, seront la proie des flammes. La police n’exclut pas des incendies criminels pour protester contre les lignes de bus destinées seulement aux  Palestiniens . Une nouvelle piqure de rappel pour les Israéliens qui dans leur grande majorité ne veulent pas voir  une  réalité vieille de 46 ans : celle de l’occupation et de son avatar politique, la colonisation.