Sa Majesté

Et si on le couronnait ! A la façon de Time Magazine qui, après l’image d’une femme allaitant un bambin de 4 ou 5 ans, a refait le buzz en mettant en couverture celui qu’il nomme : « King Bibi ». Mais nous, comme on n’est pas l’illustre hebdomadaire américain, on a décidé d’aller plus loin dans les contes et récits de l’Israël contemporain. Foin de « King Bibi » et place à Bibi 1er. Et comme une révolution de cette nature doit entrer dans toutes les têtes, du plus petit au plus grand, chaque matin, dans les écoles et les institutions publiques, on commencerait la journée avec une ode au souverain qui le remercierait de ses bienfaits. Durant la semaine, on évoquerait les bienfaits de la veille. Le vendredi matin, à quelques heures du Shabbat, le maître ou le chef de bureaux serait chargé d’en dresser une liste hebdomadaire qui serait signée : « le peuple reconnaissant » !
Dans la presse du week-end, certains journalistes de renoms – désignés par le conseil de sécurité de la Cour- auraient le droit d’émettre des critiques. A la façon des « Fous » de l’ancien temps qui avaient pour mission de nous faire croire que le « Roi était nu ». Face à eux, des grands communicateurs – nommés directement par la reine Sarah – auraient, entre autres mérites, celui d’effacer la mauvaise impression laissée par ces plumitifs teigneux. A l’aide de sondages ou d’analyses mêlant dans un savant va et vient temps bibliques et actualité contemporaine, une majorité de sujets juifs pourraient ainsi se réjouir du bonheur retrouvé sous « Bibi 1er ». Enfin troisième option pour un paysage médiatique sous contrôle : des articles dans lesquels l’homme ou la femme de la rue aurait la parole avec un panachage entre les pour et les contre, le tout étayé par deux spécialistes : l’un enthousiaste, l’autre préoccupé. Une sorte de politique d’équilibre destinée à servir d’outils aux manants afin qu’ils puissent remettre à leur place ces « antisémites de l’extérieur » – Juifs ayant la haine de soi ou Goys encore insupportés par la mort de Jésus – qui se posent des questions sur « la seule démocratie du Proche Orient ».
Cette dernière formule, le quotidien à grand tirage – le Yediot Aharonot – en est déjà particulièrement friand. Dans son supplément « 24H », on peut lire quotidiennement une rubrique qui a trait au scandale de la veille. Une rubrique « pour », une rubrique « non ». Chacune est signée par une personnalité. En bas, une adresse e-mail ou un n° de téléphone gratuit demandant aux lecteurs de se ranger du côté des « oui » ou des « non ».
Exemples. Au-delà de la « géniale » manœuvre de l’Union nationale et donc de l’annulation des élections anticipées, deux faits amplement commentés au plan international, cette première quinzaine de mai a été marquée par trois éléments qui ont fait les gros titres des médias locaux sans pour autant traverser la Méditerranée.
1/ l’initiative d’étudiants de l’université de Tel-Aviv d’organiser une cérémonie commémorative de la Naqba (« le jour de la catastrophe » qui, pour les Arabes d’Israël et les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza désigne le 14 mai, autrement dit la création de l’Etat d’Israël). Dire que l’action estudiantine n’a pas plu est un euphémisme. Un député de la majorité gouvernementale a même proposé de couper les fonds publics alloués aux universités qui autoriseraient ce genre de commémoration. La population n’est pas en reste. Du moins si on en croit le sondage du Yediot Aharonot. A la question: l’université de Tel-Aviv devait-elle interdire la cérémonie de la Naqba organisée par certains étudiants ? Ils ont été 92% à répondre oui, contre un petit 8% de non.
La veille, le 14 mai, le sondage portait sur la proposition du ministre de l’environnement Gilad Erdan- Likoud pur sucre- de couper l’électricité à Gaza en cas de pénurie, cet été, en Israël. Pas retenue par le gouvernement, cette proposition qualifiée par certains de logique et absolument pas raciste, a, en revanche, obtenu les faveurs des lecteurs du Y.A par 83% de oui .

Enfin, troisième phénomène à enflammer la société israélienne, la vague de violences qui s’est abattu sur le pays ces dernières semaines. Viols dans des centres commerciaux ou des jardins publics, des meurtres à coups de couteaux commis par des jeunes, règlements de compte à l’arme à feu entre bandes maffieuses. Bref la violence est à l’ordre du jour de la société israélienne avec, en parallèle, une police qui semble impuissante ou pas foncièrement motivée. D’où la question posée : « la police fait-elle suffisamment pour lutter contre la violence ? » Réponse populaire : 89% de non. Cela signifie-t-il un train de mesures de la part du gouvernement ? Pour l’heure, le simple citoyen a surtout été amené à rendre grâce au Premier Ministre qui n’a pas hésité à ouvrir son premier conseil des ministres d’Union Nationale avec une condamnation de ces violences et un débat sur le comment on allait enrayer le problème. Avec en conclusion quelques phrases du style « On va voir ce qu’on va voir… » On a vu. Ca ne s’arrange pas !
Bon, je vous entends déjà : « qu’est ce que c’est que ce pessimisme de mauvaise aloi ? » Moi pessimiste ? Que nenni !
J’aurais pu vous parler de l’inflation qui redresse la tête, avec un coût de la vie qui le mois dernier a augmenté de 0,9%, avec au top des hausses : les tomates : +23% et l’électricité : +7,8%.
J’aurais pu citer la dernière déclaration du ministre de l’intérieur, Elie Ishaï, le président de Shas, le parti ultra orthodoxe. Lors d’une interview à la radio, il a donné sa solution concernant les réfugiés soudanais ou érythréens actuellement en Israël : « La plupart des immigrants d’Afrique en Israël sont des criminels. Ils doivent être mis en prisons puis expulsés. Seul un petit nombre d’entre eux, arrivés clandestinement en Israël, sont des réfugiés qui doivent être traités comme tels. » Et de rappeler, comme il l’avait déjà dit dans le passé, que les réfugiés sont une menace existentielle pour Israël… Des propos qui ont encore mis de l’huile sur le feu, alors que la police vient d’arrêter 4 originaires Érythrée et du Soudan pour le viol d’une femme à Tel-Aviv. Un autre africain est soupçonné d’avoir violé une lycéenne, lors d’une fête de fin d’études. Les ONG en charge des travailleurs étrangers et des demandeurs d’asile ont beau protester, avancer d’autres chiffres et montrer une autre image du quotidien de ces clandestins, la population dans sa grande majorité applaudit… Elie Ishaï.
Et comme si cela ne suffisait pas, les médias nous informent que le ministre de la justice soutient un projet de loi visant à élargir l’autorisation d’écouter des téléphones mobiles et d’intercepter des mails. Aujourd’hui les seuls services de l’Etat habilités à ce genre d’activité sont la police civile ou militaire, une unité du ministère de la justice en charge de la police des polices, les services de sécurité, l’office anti-trust et le fisc. La nouvelle loi, si elle devait être adoptée, autoriserait ce genre d’écoutes pour les ministères de l’Agriculture, de l’environnement, l’office des parcs et forêts, celui en charge des antiquités et le département de la sécurité intérieure au sein du ministère de la défense. Argument du ministre de la justice : la nouvelle loi est nécessaire pour résoudre des problèmes qui n’existaient pas lors du vote de l’ancienne législation. En tous cas, même au sein des ministres Likoud, tout le monde n’est pas d’accord. Le ministre en charge de l’amélioration des services gouvernementaux a écrit à son collègue de la justice pour lui expliquer que le projet de loi « met en danger la vie privée des Israéliens ». Je vous pose la question : pourquoi ?.

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