Israël – Iran

Avant la rencontre prévue à Washington, en début de semaine, entre Barack Obama et Benjamin Netanyahou, voici l’article que j’ai publié sur le Point.fr le 22 février:

http://www.lepoint.fr/monde/israel-iran-la-drole-de-guerre-22-02-2012-1433990_24.php

Les Israéliens ont de quoi être perplexes. Depuis des mois, on leur parle quotidiennement de la menace d’une guerre avec l’Iran. De l’éventualité d’une frappe israélienne, au printemps ou du moins avant novembre prochain, date des élections présidentielles américaines. Des responsables de l’administration Obama font régulièrement le voyage de Jérusalem, alors que les délégations israéliennes se succèdent à Washington toujours pour discuter du nucléaire iranien. Et puis, selon l’armée : 200 000 missiles menaceraient Israël. Ceux de l’Iran mais aussi du Hezbollah libanais et du Hamas à Gaza. Pourtant, rien n’est fait pour préparer la population à faire face à cette menace. 40 % des israéliens n’ont pas de kits ABC, alors que l’usine de production de masques à gaz est sur le point de fermer ses portes par manque de budget. Ses ouvriers doivent être licenciés le mois prochain. 170.000 israéliens ne disposent pas d’un abri digne de ce nom. Une impréparation qualifiée de « criminelle » par le président de la sous commission parlementaire chargée de la défense passive. Sa colère comme celle d’autres politiques n’a aucun effet sur les décideurs. Ceci expliquant peut-être cela : selon un récent sondage publié par le magazine de langue anglaise « The Jerusalem Report », 40% seulement des Israéliens interrogés affirment être surtout angoissés par la question du nucléaire iranien ou le conflit avec les Palestiniens. 60% sont avant tout inquiets face aux problèmes intérieurs- l’économie, la baisse du niveau de l’enseignement, la vie chère, l’érosion de la démocratie. Majoritairement le public ne croit donc pas à la guerre. Bien entendu, les choses changeront si la défense passive relance la distribution des kits ABC. On saura alors que les risques d’une confrontation sont bien réels. En attendant, Benjamin Netanyahou et Ehoud Barak, son ministre de la défense ne cessent d’avertir le monde sur la « menace existentielle » que fait peser le nucléaire iranien pas seulement sur Israël mais sur l’ensemble de la communauté internationale ?

Depuis quelques jours, ils pointent du doigt « l’insuffisance du durcissement des sanctions internationales… Il faut qu’elles soient paralysantes avant que les iraniens n’entrent dans la zone d’immunité » a lancé Barak. C’est-à-dire le moment où les installations d’enrichissement de l’uranium seront enterrées sous une montagne dans le site de Fordow à 150kms de Téhéran. De son côté, le vice premier ministre Sylvain Shalom est allé à New York expliquer au secrétaire générale de l’ONU, Ban Ki Moon, la nécessité « de faire comprendre aux dirigeants iraniens que poursuivre leur programme nucléaire signifie la fin du régime, ce qui peut-être va les amener à changer d’avis ». Des déclarations destinées surtout à Barak Obama pour lui signifier qu’ Israël ne croit pas à l’efficacité des sanctions et qu’il est grand temps de cesser les atermoiements en agissant sur le terrain afin de mettre un terme à ce qui « menace l’équilibre du monde ». La formule est de Benjamin Netanyahou après les attentats contre des diplomates israéliens, en Inde, Géorgie et Thaïlande.

D’où cette autre question récurrente : le gouvernement israélien a-t-il l’intention de se passer du feu vert américain pour lancer les bombardements contre les installations nucléaires iraniennes ? Jusqu’à présent, Benjamin Netanyahou refuse de s’engager à avertir Washington de l’imminence d’une telle opération. A-t-il réaffirmé cette position lors de la venue à Jérusalem, il y a 48h, du conseiller à la sécurité nationale américaine ?

Reste qu’aujourd’hui on est passé aux spéculations sur la capacité de l’armée israélienne à opérer en Iran. Quel trajet les chasseurs bombardiers, F-16 et F-15 pourraient-il emprunter ? En survolant la Turquie ? La Jordanie, l’Arabie Saoudite, l’Irak ? Selon les experts, cités par le New-York Times ou le Die Welt, une centaine d’avions de combat pourraient participer aux opérations. Tsahal a-t-il les moyens de les ravitailler en vol ? Les bombes anti-bunker peuvent-elles pénétrer au cœur de certaines centrales iraniennes qui seraient enterrées soit sous des mètres de bétons armés, comme celle de Natanz ou carrément sous une montagne comme le site de Fordow ? Et quid des missiles Jéricho, qui font partie de l’arsenal israélien et seraient utilisés dans une première frappe ? Yossi Melman, le commentateur militaire du quotidien Haaretz considère, lui, qu’une telle offensive est à la limite des possibilités opérationnelles d’Israël.
Les chefs militaires ne révèlent bien entendu rien de leurs plans opérationnels. En revanche, leurs prédécesseurs n’hésitent pas à faire savoir haut et fort leur opposition à une guerre contre l’Iran. L’ancien chef du Mossad, Meïr Dagan, affirme que ce serait une « idiotie ». Il critique Messieurs Barak et Netanyahou. De son côté, le général Amnon Lipkin-Shahak, ex-chef d’état-major, va encore plus loin : « cela représenterait une catastrophe pour l’arrière israélien atteint par les représailles iraniennes, du Hamas et du Hezbollah. Sans compter la crise régionale qui découlerait de tout cela et les réactions internationales… »
Pour l’heure, le public israélien suit tout cela en essayant de ne pas trop s’inquiéter.