Bibi, d’un gouvernement à l’autre

En Israël, cela fait sept ans que les gouvernements dirigés par Benjamin Netanyahou se succèdent à eux même. Il y a eu 2009, 2013 et enfin 2015. On pourrait penser que l’action des ministres est sous tendue par une seule et même donnée : la continuité. Que nenni ! Depuis quelques mois, l’actuel gouvernement, marqué par le grand retour des responsables des partis ultra-orthodoxes Ashkénaze et Sépharade, respectivement Agoudat Israël et Shass (par ordre alphabétique. Ne voyez dans l’ordre de leur apparition aucune préférence à caractère discriminatoire) détricote à peu près tout ce qui avait été mis en place par le précédent cabinet. Notamment les ministres centre- droit non- religieux des partis Yesh Atid et Kadima, (passés à l’opposition) mais aussi Netanyahou, soi-même !

Petite revue, non exhaustive, de ces lois ou décrets jetés dans les poubelles de l’Histoire par l’actuel gouvernement :

1/ Il y a deux ans, B. Netanyahou faisait passer une loi sur la Gouvernance selon laquelle le nombre de ministres ne devait pas dépasser celui de 18. Quant aux vice-ministres, ils ne seraient désormais pas plus de 4. Enfin le poste de ministre sans portefeuille disparaissait. Résultat des courses : aujourd’hui, le gouvernement compte 21 ministres, ; un 22ème est sur le point d’être nommé. Hausse également des vice-ministres : 9 en tout, soit plus du double du plafond fixé, il y a deux ans ! Une infraction à la loi ? Pensez-vous ! La décision prise par le précédent Cabinet a été annulée à la veille de la mise sur pied de l’actuel gouvernement.
2/ Education : A l’époque, ministre des Finances, Yaïr Lapid avait fait voter cette mesure : en contrepartie d’une augmentation des subventions de l’Etat, les écoles ultra-orthodoxes répondant à ce critère devaient enseigner des matières profanes. Mathématiques, anglais, géographie. Cela concernait 50.000 élèves sur les trois cents cinquante mille que comptent ces établissements recevant des budgets de l’Etat. Aujourd’hui, on n’en parle plus. Pour cause d’annulation pure et simple, en raison des promesses faites par Benjamin Netanyahou aux partis ultra-orthodoxes. A noter aussi que les sommes allouées aux Yeshivot (les Ecoles talmudiques), qui, entre 2013 et 2014, avaient été amputés de 461 millions de Shekels ( 109 millions d’Euros), retrouvent leur bien-être d’antan, soit 909 millions de shekels (215 millions d’Euros).
Écoles professionnelles: d’un ministère à l’autre
La question des écoles professionnelles : Dans les années 90, une partie des établissements d’enseignement professionnel avait été fermée. Ce qui s’était avéré être une erreur monumentale. Pour tenter de corriger la chose, le précédent gouvernement avait chargé le ministère de l’Education de préparer un plan d’ensemble. Ce fut chose faite. En ce moment, il est même en cours d’application. Ce qui permettra aux élèves de ces écoles d’obtenir en fin d’étude un diplôme professionnel reconnu par l’enseignement supérieur. De ce côté-là tout va bien.
En fait le « hic » est ailleurs. Il y a deux ans, 8 écoles professionnelles sous l’égide du ministère de l’économie étaient pris en charge par l’Education nationale. Un développement visant entre autres à améliorer l’image de ces établissements considérés jusque-là comme le refuge de tous ceux qui, pour le dire de façon « soft », n’avaient pas trouvé leur place dans le système éducatif dit « normal ». Tout le monde était content, y compris le directeur de la Présidence du Conseil, un ardent supporter de la mesure. Mais voilà qu’au dernier moment, alors que le transfert de compétence ministérielle était quasiment achevé, tout s’est écroulé. La raison : l’exigence du ministre des affaires sociales, Haïm Katz, de voir ces écoles revenir dans son escarcelle. Ce dernier a eu gain de cause. Pas très étonnant quand on sait que Haïm Katz est une figure dominante du comité central du Likoud. Il est aussi connu pour sa capacité à faire pression sur Benjamin Netanyahou. Résultat : les élèves en cursus professionnel, vont désormais devoir se coltiner avec une autre image négative : celle d’assistés sociaux. Quand on pense qu’on voulait leur redonner de la fierté !
Promesses! Promesses!
Education encore et toujours : Lors de sa première cadence comme chef du gouvernement (1996 à 1999), Benjamin Netanyahou avait annoncé la mise en place de la longue journée d’études dans une partie des établissements scolaires. Il avait alors parlé d’un « évènement historique », car « s’occuper des classes défavorisées, cela commence par l’Education ! » Entérinée en 1997 par la Knesset, le parlement, la loi est restée quasiment lettre morte. Fixée à 2001, son application a été constamment reportée par les gouvernements successifs. La dernière date annoncée : 2017. A l’heure qu’il est, tout est fait pour qu’elle ne soit appliquée qu’en 2022. Ce qui fait dire à un commentateur -humoriste : A ce rythme-là, il n’est même pas sûr que la longue journée d’étude soit instaurée pour les enfants des enfants qui devaient en bénéficier. Quid des petits-enfants ? L’espoir est-il permis ?
C’est comme cette autre initiative, concernant les vacances d’été : Son ministre de l’Education, lorsqu’il est redevenu Premier ministre en 2009, s’appelait Guidon Saar. Il voulait raccourcir les vacances d’été et avait pris une première mesure en ce sens. Celle-ci fut annulée par son successeur, lors du gouvernement suivant, Shaï Piron. Lequel avait décidé, au contraire, de subventionner les centres aérés destinés aux enfants de maternelles et du primaire. Dernier rebondissement : l’annulation, par l’actuel ministre de l’éducation, Naftali Bennet, d’une partie des subventions. Désormais, elles ne sont accordées qu’aux enfants des deux premières classes du primaire. Dans les villes de développements, cela devait aussi concerner les enfants jusqu’au cours Moyen 1. Mais là encore, la mesure n’a pas tenue. Elle a été supprimée un an seulement après avoir été annoncée. Pourtant, en parallèle, l’Etat subventionne les colonies de vacance de jour des écoles ultra-orthodoxes. Autrement dit, pour les parents des quelques 900.000 élèves de maternelle, du primaire et du secondaire, les vacances d’été continuent d’être longues et chères.
3/ Le budget de la Défense : En mai 2014, Benjamin Netanyahou créait une commission chargée d’examiner ce dossier. A sa tête, un général de réserve, Yohanan Locker, lequel avait été pendant trois ans le conseiller militaire de Bibi. En juin 2015, la commission publiait ses conclusions. Ce qui lui valait un tir nourri venu et du ministre de la défense de l’époque, Moshe Yaalon – inapplicables, disait-il- et du Chef d’Etat-major, Gadi Eizenkott. Pourtant, quelques mois plus tard, ce dernier présentait son propre plan, qui reprenait, du rapport Locker, quelques recommandations… Celles convenant à Tsahal. De fait, la majeure partie des conclusions du rapport Locker ont été mises au panier. Le plus étonnant : ni Locker, ni Netanyahou ne sont à aucun moment montés au créneau pour défendre, le premier ses mois de travail, le second sa décision de nommer la commission en question.

Caporal à la Défense
Défense encore< : certains, en Israël, se sont étonnés de la nomination à un portefeuille si sensible et important de celui à propos duquel, quelques temps auparavant, un communiqué officiel du Likoud affirmait qu’il ne pouvait même pas prétendre au poste de commentateur militaire : « les seules balles que Monsieur Lieberman ait jamais tirées sont des balles de tennis ! » Fin mai dernier, pourtant, Benjamin Netanyahou offrait à cet ancien caporal magasinier dans l’artillerie, la Défense du pays, tout en écartant, sans coup férir, le ministre en exercice, le général de réserve Moshe Yaalon.
Je vous épargne les lois, plans, initiatives concernant l’un des dossiers les plus épineux en Israël : l’immobilier dont les prix ne cessent de grimper et pas seulement à Tel-Aviv ou Jérusalem. Dans ce domaine on ne compte plus les initiatives du précédent gouvernement annulées par les responsables actuels, ou simplement jeté aux orties, pour se pencher sur un nouveau plan qui parfois ressemble à s’y méprendre au précédent mais sous une appellation différente.
Gouvernance ou survie?
Benjamin Netanyahou montre de la tendresse pour le mot gouvernance. A ce sujet, il aime à déclarer : « C’est la clef permettant de corriger, réparer, une grande partie des rouages de l’Etat… » Pourtant, un commentateur du supplément économique de Haaretz « The Marker » écrivait récemment : « sauf qu’on a de plus en plus l’impression que le mot « gouvernance » (dans la bouche de Netanyahou), c’est le blanchiment d’un autre terme celui de survie » Peut-être ! En attendant, ce qui est sûr, c’est que sous la houlette de Benjamin Netanyahou, les gouvernements se succèdent mais ne se ressemblent pas !

La culture, la messie et la grenouille

Certains la comparent à un Donald Trump en jupon. D’autres à une « Madame Sans Gêne » hautement politique. Moi, Miri Regev me fait penser à ces maitresses d’école, aux visages avenants, qui, en début d’année, font une bonne impression. Au point que leurs élèves rentrent à la maison, en déclarant à leurs parents : elle est chouette notre nouvelle maitresse ». Un enthousiasme qui, en général, dure peu. Dès le lendemain ou le surlendemain, la prof sympa s’avère être de celle qui partage une seule et même devise : « celui qui n’est pas avec moi est contre moi ! » En d’autres termes, la classe sera séparée en deux groupes : les chouchous et les toujours punis. La distinction est nette. Et gare à l’heureux élu qui viendrait à se rebeller, il a toutes les chances de se retrouver dans le camp des détestés, de ceux qui se prennent toutes les punitions : coup de règles sur les doigts, colles sans fin, notes exécrables, sans oublier la réprimande salée au vu et au su des camarades qui restent cois. Pour eux l’année sera sacrément longue !

La star de la périphérie !
Les dernières élections, celle de mars 2015, qui vit la victoire éclatante du Likoud dirigé par Benjamin Netanyahou, devait aussi consacrer Miri Regev, devenue au fil des années, la star des populations de la périphérie. Celles qui habitent loin de Tel-Aviv, au nord, comme au sud et pour qui les déclarations brutes de décoffrage ou les apparitions publiques, loin du politiquement correct (celui des vielles élites ashkénazes ?), sont un vrai bonheur. Du miel à la saveur ineffable ! De celui qui fait de Miri la passionaria du peuple. Sa porte-parole- plus loyale que Maayan Adam tu meures- ne dit-elle pas à son propos : « Tout ce qu’elle fait, du moment où elle ouvre les yeux le matin, jusque tard dans la nuit quand elle plonge dans un sommeil bien mérité, tout tourne autour de l’équité. C’est quelqu’un qui vient du peuple et agit pour lui. »

La très chère « Couronne de l’Orient »
Devenue ministre de la Culture et des Sports, un portefeuille qu’elle ne souhaitait pas, sa préférence allant à l’Habitat- elle a tout de suite annoncé la couleur. Celle d’une révolution culturelle, avec changement des élites et primauté de la musique méditerranéenne. Autrement dit, ce qu’on appelle, en Israël, les chanteurs « Mizrahiim » ; en français, les chanteurs orientaux. Elle a d’ailleurs tout fait pour que « GalGalatz », une station très populaire chez les jeunes, change, en ce sens, son hit-parade. Lors de la pâque juive de cette année, elle n’a pas hésité à sortir de son budget, la somme conséquente d’un million 600.000 shekels ( 376.112 Euros) afin d’organiser et produire un festival de chansons méditerranéennes à Tibériade. Intitulé « La couronne de l’Orient » et diffusé en direct par une chaine de télévision, il s’est clos par un énorme concert où se sont produits des artistes très, très, bien payés. Comme Eyal Golan qui a touché un cachet d’environ 100.000 Shekels (23.507 Euros) pour une apparition de 7 minutes et deux chansons. Sarit Hadad, avec elle aussi deux chansons, a touché un peu moins : 93.000 Shekels (21862). D’autres comme Ishaï Levi ou Moshik Aafya se sont contentés de sommes plus modestes. Respectivement 26.000 shekels 6112 Euros) et 20.800 shekels (4889 Euros). Mais pour une seule chanson chacun.

« La » messie de la musique méditerranéenne
Quand certains médias ont demandé des explications au ministère de la Culture, ils se sont vus répondre : « La couronne de l’Orient qui s’est déroulé à Tibériade est un évènement d’ampleur nationale dédié à la musique méditerranéenne et dont l’ambition est d’attirer le public le plus large. C’est ce qui a eu lieu. Le choix de la ville-hôte, s’est fait selon des critères définis, conformément à la loi… » Bref, passez votre chemin, il n’y a rien à voir ! Pas question, non plus de répondre aux témoignages selon lesquelles, Miri Regev aurait profité de « la Couronne de l’Orient » pour renforcer son assise politique, en invitant notamment nombre de militants du Likoud à s’asseoir avec elle, dans un espace édifié près de la scène pour les VIP. Pour les simples pékins, ceux du public pour qui la soirée était gratuite, c’était plus loin, le postérieur directement sur la pelouse. Interrogé à ce sujet, la Mairie de Tibériade a expliqué : « D’après nos informations, aucun militant du Likoud ne se trouvait dans cet espace réservé. La mairie de Tibériade n’a rien à voir avec cette question ». Militants du Likoud ou pas, Miri Regev était bien là. Oh, pas longtemps. Suffisamment en tous cas, pour se faire voir et, surtout, recueillir les applaudissements de tous, l’animateur de la soirée, les artistes invités, le maire de Tibériade, le public. Parmi les plus beaux compliments pour elle, celui lancé par la chanteuse, Margalit Tsenani « Miri Regev, Sarteein (bravo en arabe) pour la révolution » ! Un autre chanteur, Aviou Medina, a osé la comparaison : « Le messie est arrivé dans la musique israélienne méditerranéenne. Il s’appelle Miri Regev ! Nous attendions le messie et c’est « une » messie… ». Pas plus, pas moins et qu’importe le prix !

La meilleure des défenses ? L’attaque !
Pas de démenti, encore moins de reculade, pour la ministre de la culture et des sports : l’attaque est la meilleure des défenses. Comme, la semaine dernière, lorsque, en conseil des ministres hebdomadaire, il est question du report de l’ouverture de la nouvelle société publique de diffusion qui doit remplacer l’ORTI. N’y résistant pas, elle prend la parole pour lancer : « quel est l’intérêt de mettre en place cette corporation si nous ne la contrôlons pas ?… Quoi ? nous allons mettre de l’argent dedans et ensuite, ils diffuseront ce qu’ils veulent ? » Une de ses collègues, elle aussi du Likoud, lui rétorque : « Il s’agit d’un diffuseur public pas d’un porte-parole ! » Mais c’est dans les heures qui suivent, avec la reprise en boucle de ses propos dans les médias et sur les réseaux sociaux, qu’elle se prend une volée de bois vert. Qu’à cela ne tienne ! Elle demande au Conseiller juridique du gouvernement d’ouvrir une enquête sur la fuite concernant la réunion de cabinet de la veille : « Publiez toute la transcription », lui demande-t-elle. « Que le peuple juge mes commentaires et ceux de mes collègues dans leur intégralité. Sinon lancez une enquête sur qui a malicieusement divulgué l’information partielle dans le but de tromper le peuple…. Les commentaires qui ont été révélés ne reflètent pas mon point de vue à part entière ».

Le peuple contre l’élite?
Le peuple, toujours le peuple ! Du moins celui qui lui est acquis, qui « like » ses posts ou se précipite pour la toucher, faire une Selfie, l’embrasser quand elle est sur place pour un évènement local. Pas comme ces gauchistes, artistes ou non, qui la sifflent à l’ouverture du festival international du film à Jérusalem, lorsqu’elle s’écarte du sujet du jour, le cinéma, pour faire de la politique et évoquer notamment le meurtre dans son sommeil d’une jeune fille de 13 ans, par un palestinien infiltré dans une colonie de Cisjordanie. Là encore, elle contre-attaque le lendemain dans des interviews à la télé. « A gauche, ils ont franchi toutes les lignes rouges, honte sur eux ! …. Il s’agit d’une élite qui ne veut pas lâcher le pouvoir qu’elle avait dans le passé. Je leur ai ôté le tapis rouge sur lesquels ils étaient habitués à marcher pour contrôler la culture israélienne… La gauche n’a pas le monopole de la culture et des questions sociales. Nous avons été élus pour mettre en place l’égalité des chances et la réduction des fossés socio-culturels… » Car Miri Regev, c’est, sans conteste, la gauche qui est derrière les huées de la veille. Celle de l’ancienne élite, celle de ses artistes qu’elle qualifie « d’agents de l’étranger ». Actrices célèbres comme Gila Almagor ou Rivka Michaeli , écrivains à la réputation internationale comme David Grossman ou Amos Oz. Toutes choses reçues cinq sur cinq par une grande partie de l’opinion publique israélienne. Il n’est qu’à voir les réactions sur son mur Facebook. Et tant pis pour ses détracteurs. Cela ne lui fait ni chaud, ni froid !

La grenouille qui monte, qui monte…
Il y a un conte qu’elle aime tout particulièrement évoquer, notamment lorsqu’en visite dans des écoles, elle parle aux jeunes. Le personnage central en est une audacieuse grenouille. Alors que toute sa communauté vit au fond d’un puits aux parois glissantes et n’a donc aucune idée de ce qui se passe à l’extérieur, notre jeune effrontée ne cesse de tenter de grimper pour voir enfin le grand monde. « Pourquoi se tracasser ? Tu n’y arriveras pas ! Reste à ta place ! Colle à tes origines ! » lui répètent la communauté de batraciens. » Mais la petite est obstinée. Et viens le jour, où elle réussit à se hisser jusqu’à la margelle du puit d’où elle regarde ses anciennes compagnes. Ébaubies, celles-ci lui crient : « comment as-tu réussi ? » C’est alors qu’elle pose sa petite patte de grenouille sur son oreille et leur lance : « je ne vous entends pas ! » Notre rainette était sourde !
Pour Miri Regev, il n’y a qu’une seule morale à cette histoire, la sienne : « Je peux être attaquée. Je le suis. On descend en flamme mes motivations, mais je n’entends rien. Je suis occupée à grimper… » Jusqu’où ? Certains lui prédisent déjà le fauteuil de Premier ministre… A suivre donc !

Le restau d’Alice et Rina

Alice et Rina ; Rina et Alice… Deux jeunes femmes qui n’ont pas froid aux yeux et surtout une passion : la cuisine gastronomique. Alors du haut de leurs 25 ans chacune, ces deux femmes en couple-elles sont mariées- ont allié leur talent pour être les chefs (elles préfèrent se qualifier de « cuisinières ») d’un nouveau restaurant, Rina et Alice.  L’ouverture de ce lieu pas Casher, s’est déroulée à l’automne dernier. Au pire moment. L’intifada des couteaux venait de débuter.  Plus de touristes à Jérusalem. Et les Habitants, terrorisés, qui ne sortent plus.  Mais pas question de renoncer.  Pour l’heure, elles tiennent le coup, même si tout reste fragile. Elles qui se sont rencontrées dans la cuisine d’un autre restaurant, qui se sont méfiées l l’une de l’autre, puis se sont reconnues autour d’un verre dans un bar proche. Et après, comme elles le disent mi- pudiques, mi- rieuses, « ça appartient à l’Histoire avec un grand H ! »

Leur carte leur ressemble. Des plats de leur enfance redécouverts ou retravaillés sans tomber dans le sophistiqué ou le banal.  A la croisée de leurs géographies ou de leurs histoires personnelles. Loin, en tous cas, du menu traditionnel des restaurants du même genre. « La cuisine, me disent-elles en chœur, c’est surtout de l’amour, beaucoup d’amour ! »

En attendant leur commande, Maayan (Hiérosolomytaine) et Aya (qui est née et a grandi à Jérusalem, mais désormais habite Tel-Aviv), sont sorties un verre de vin blanc à la main. Et dans l’autre, quelque chose qui fait des volutes bleutés…  Passons !  Maayan, une habituée: « je viens au moins deux fois par mois avec mon copain ou des amis », est enthousiaste : « le vin, la nourriture, le service, tout est de qualité. Différend d’ailleurs, où c’est souvent les mêmes salades, les mêmes pâtes, les mêmes entrées. Et puis ce que j’aime par-dessus tout, c’est qu’elles investissent dans le moindre détail, pour que le client soit content. Elle s’adapte aux besoins de chacun. C’est rare, ici. J’en raffole » Pour Aya, ce qui la frappe, c’est le dévouement de ceux qui servent. « C’est devenu rare à Tel-Aviv, nous confie-t-elle. Le service est souvent antipathique. Ici chez Rina et Alice, j’ai vu des sourires, une façon gentille de vous accueillir. Ça change ! »  Bref, nos deux jeunes femmes sont aux anges. Et d’ailleurs, sur un « Bye ! Bye ! » rigolard, les voilà qui tournent les talons. Leur plat les attend.

Mais foin des phrases, voici mon reportage in situ, en compagnie d’Alice et Rina, tel que je l’ai diffusé sur la RTBF :

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Les olympiades oubliées

Il est temps que je passe aux aveux ! Le samedi matin, j’ai un péché mignon. Levée tôt, une bonne tasse de café à proximité, je me précipite sur les journaux israéliens de fin de semaine. Des dizaines et des dizaines de pages, où dominent les suppléments politiques, culturels, économiques, loisirs, voyages et interviews des dernières célébrités. Impossible de tout lire. Alors je vogue entre Haaretz, le quotidien indépendant, et le populaire Yediot Aharonot- droite anti Bibi- qui, pour la fin de la semaine, publie un supplément politique avec des signatures de droite, de gauche, écrivains, universitaires, polémistes +celles des grands éditorialistes du journal. Mais avant d’y regarder de plus près, je vais, que dis-je ? je cours vers la dernière page, celle de la chronique du romancier Meïr Shalev . Voilà que dans un bel Hébreu et chaque semaine, il tire la substantifique moelle de l’actualité. Humour, cocasserie, soupir ou franche rigolade ! Qu’il évoque cette information qui n’a retenu l’attention de personne-sauf la sienne- ou nous décrypte à sa manière celle qui, les jours précédents, nous a tenus en haleine. Le tout avec références bibliques, talmudiques ou philosophiques, sur lesquelles il m’arrive de transpirer. Ignorante que je suis !
Des exemples ! Des exemples ! Je vous entends d’ici trépigner. Patience ! Nous y sommes :
Les médaillés
Dans sa chronique du 22juillet -les journaux du Shabbat sont publiés le vendredi matin- et après avoir mis son grain de sel concernant le scandale de la semaine : les propos homophobes du rabbin Ygal Lewinstein (voir ma livraison précédente : un après-midi de tolérance à Jérusalem), il casse l’ambiance ! Ne voilà-t-il pas qu’il compare l’effervescence qui enveloppe déjà les jeux olympiques de Rio ( à la mi-juillet, on a eu ,super médiatisée, la visite chez le président de l’Etat, Reouven Rivlin, de l’ensemble des sportifs israéliens en partance pour le Brésil) avec le désintérêt général face à ceux qui au même moment et médailles autour du cou rentraient en Israël, en provenance de Zurich. Là où se sont tenues, cette année, les Olympiades de physique. Pas de visite à la résidence du chef de l’état ! Pas non plus de coup de téléphone ! « Même le Premier ministre qui a l’habitude de se faire photographier avec des footballeurs, lesquels nous couvrent régulièrement de honte, n’a pas invité nos physiciens médaillés. Seul « Juste » : le ministre de l’éducation, Naftali Bennet. Il a passé un coup de fil au chef de l’équipe et l’a félicité pour le succès israélien à ces olympiades… » Quant aux médias, le vide était quasi sidéral. Alors, en signe de réparation, Meîr Shalev cite tous ceux qui ont été couronnés- trois médailles d’argent, une de bronze et une citation au tableau d’excellence-, le nom de leurs lycées, celui du chef de la délégation ainsi que les deux entraineurs. Et pour notre gouverne, il ajoute : « en matière de classement général, nos jeunes physiciens ont pris la 19ème place sur 87. Vu « l’étendue » de notre pays et son peu d’investissement dans ce domaine, c’est un très bon résultat. La plupart des premières places ont été prises par des pays d’Extrême Orient. Et en Occident, seuls les États-Unis et l’Allemagne précèdent Israël. Israël, qui, sera l’hôte des prochaines Olympiades en 2019. Ce qui signifie la venue en « Terre promise » de dizaines d’équipes nationales, de centaines de concurrents et une multitude de quotients intellectuels élevés… » Une occasion aussi, pour notre écrivain, d’envoyer une supplique aux ministres de l’Éducation, des Finances, sans oublier la préposée à la culture et aux sports : « Il serait utile de commencer à mobiliser des budgets et entrainer nos représentants comme il se doit. » Au Premier Ministre et au Président de l’État : « Bien qu’il ne s’agisse ni de sauts, ni de football, peut-être pourriez-vous, également, vous intéresser au sujet… »
Le déclin des maths
Une information inutile, pensez-vous ! Pas tant que cela, quand on sait que ces dernières années, le nombre de lycéens qui choisissent de s’investir dans les Maths et la Physique est en déclin. C’est ainsi qu’en maths, ceux des élèves qui se présentent au bac coefficient 5 (le plus élevé) est passé de 17,1% en 2009/10 à 15,8% en 2013/14. A l’université, sur 228.600 étudiants, 30% seulement sont inscrits en science et technologie. Un phénomène qui inquiète beaucoup les tenants de la « Start-up Nation ». Comme le Président de Intel Israël, Shmouel « Mooly » Eden, qui, il y a deux ans, lançait ce cri d’alarme : « La High-tech israélienne n’a pas d’avenir ». Motif : Non pas la concurrence étrangère mais la baisse du nombre des lycéens se présentant au bac de Maths, coefficient 5. « Sans lycéens qui étudient Maths et Sciences à un haut niveau, ajoutait-il, il n’y aura pas, lors de la prochaine génération, un réservoir suffisant d’employés hightechs. »
Récemment, le ministre de l’éducation, Naftali Bennett, visiblement préoccupé, a confié à ses équipes la mise sur pied d’un plan visant à renforcer les études mathématiques à l’école. Il est évidemment trop tôt pour en déterminer l’influence. Ceci étant, ce que le ministre de l’éducation vient de comprendre, quatre jeunes entrepreneurs de la High-tech israélienne l’ont saisi depuis quelques années. A la question : « pourquoi les élèves sont-ils rebutés par les Maths, ce qui portent atteinte à leur possibilité, une fois devenus adultes, à s’insérer dans le monde de l’emploi et de la technologie avancée ? » « La peur » ont-ils répondu. D’où ce logiciel qu’ils ont développé- l’étude du calcul par le jeux- et qui aujourd’hui se vend dans 45 pays. Dernièrement, nouveau succès : un homme d’affaire australien vient d’investir 45 millions de dollars dans leur Start-Up (Matific). Ce qui leur vaut les honneurs de la presse locale ! On n’est pas une « Start-Up Nation » pour rien !
Chez les fous.
Romancier, essayiste, auteurs de livre pour enfants, Meïr Shalev est à gauche. Sans forfanterie, ni provocation. Ces derniers temps, il semble inquiet. Comme le prouve cette histoire qui clôt sa chronique. Une histoire entendue à la radio. Un jeune homme arrivé dans un hôpital psychiatrique pour consulter au sujet de ses problèmes liés à un surpoids, s’est retrouvé sans coup férir en hospitalisation forcée dans un service fermé. « Pas de projets d’avenir définis » avaient diagnostiqué les médecins ! Au-delà de son aspect choquant et arbitraire, l’histoire a provoqué chez notre écrivain une inquiétude personnelle : « Moi aussi, écrit-il, je n’ai pas de projets d’avenir définis. La vérité m’oblige même à confier que les grands tournants de ma vie, professionnels ou autres, n’ont jamais été le résultats d’un plan déterminé. J’ai même été parfois surpris. Mais, je suis aussi inquiet pour Israël (J’ai le même âge) : A-t-il des projets d’avenir définis ? Plus précisément, son gouvernement et celui qui le dirige ont-ils des projets de cette nature ? Tout cela pour dire qu’au lieu d’attendre les prochaines élections, on peut directement et dès aujourd’hui s’adresser à un psychiatre. » Comprenne qui voudra ? De quoi méditer ? C’est selon. Reste que dit à la façon d’un écrivain, on se retrouve en terrain plus enjoué ou bienveillant que sur nos réseaux sociaux et leur amitié virtuelle.

Un après-midi de tolérance à Jérusalem

Ce fut un jeudi soir étrange. Comme si Jérusalem, débarrassé de ses oripeaux de cité pieuse où la proximité d’avec le ciel rend ses habitants insensibles à ce qui n’est pas précepte religieux, faisait corps avec l’une des significations de son nom : la ville de la paix. Pendant au moins trois heures, des milliers de gens – 25.000 officiellement ; 30.000 pour certains médias- ont défilé sur des Kms. Foule joyeuse, bon enfant, venue participer à La Gay Pride de la « Ville sainte ». Des jeunes, des plus âgés, laïcs, religieux, homosexuels, hétéros, en couple, avec enfants ou pas…Un immense cortège où dominait, bien sûr, le drapeau arc en ciel. De toutes les tailles, de l’immense en forme de banderole au fanion tenu dans la main, parfois emmêlé à une rose rouge, que l’on déposait devant l’immense portrait de Shira Banki, cette jeune fille de 16 ans venue participer l’année dernière à la Gay Pride et qui n’avait pas survécu à ses blessures, après avoir été poignardée par un ultra-orthodoxe, Yishaï Shlissel. Un récidiviste. Dix ans plus tôt, lors de la parade de 2005, il avait attaqué des participants, là encore à coups de couteau. Il avait alors été condamné à 12 ans de prison et venait tout juste d’être libéré, lorsqu’il a porté les coups qui ont tué Shira. Cette fois, il a été condamné à la perpétuité. Pourtant, il ne désarme pas. 24h avant le défilé de ce 21 juillet, il a été interrogé par la police qui le soupçonnait de préparer, de sa cellule, une nouvelle attaque. Un de ses frères aurait été arrêté.
Contre les attaques homophobes…
• Ils étaient nombreux ceux qui défilaient pour la première fois. En mémoire de Shira; mais aussi pour protester contre les attaques homophobes de ces derniers jours : la gay Pride annulée à Beersheba, la métropole du Néguev, pour des motifs sécuritaires. Un argument qui n’a pas vraiment convaincu et en parallèle, ces déclarations d’un rabbin, directeur d’une école talmudique militaire ( Yeshivat Hesder) dans la colonie de Elie en Cisjordanie, Ygal Levinstein. Lors d’une conférence de presse, il avait non seulement expliqué que les homosexuels étaient des « pervers ayant abandonné la normalité de la vie », mais ajouté : « ce groupe rend le pays fou et a pénétré de toute sa puissance les forces armées … » Le lendemain, 250 rabbins sionistes religieux et ultra-orthodoxes lui apportaient leur soutien via une lettre ouverte. Émoi au sein du courant « Sioniste religieux ». Entre ceux qui soutiennent Levinstein et ceux qui le condamnent, la blessure est à vif. D’où le choix d’un certain nombre de personnes pratiquantes de participer au défilé, au nom « d’un judaïsme tolérant ». C’était écrit sur des pancartes et des autocollants apposés sur des sacs, voire des poussettes.
Colère contre le Maire
• Mobilisés aussi, et parfois très en colère, ceux qui en voulaient à leur maire. La veille, il avait affirmé haut et fort : « je ne serai pas de la Gay Pride pour ne pas heurter le judaïsme orthodoxe ». Entendez : les ultra- orthodoxes qui siègent dans mon conseil municipal et les religieux nationalistes-ceux de mon parti, le Likoud, et les autres qui apprécient mon agenda politique-. N’oublions pas que Nir Barkat a aujourd’hui des ambitions politiques nationales. Il se verrait bien ravir la direction du Likoud à Benjamin Netanyahou et pourquoi pas devenir Premier ministre. Alors pas question de mettre en danger ces aspirations en se faisant remarquer dans une Gay Pride.
Sécurité! Sécurité!
• En dehors d’une trentaine d’interpellations dont deux hommes qui portaient un couteau, la police n’a eu à gérer ce soir-là que les mécontents qui , parce qu’ils n’avaient pas reçu le fameux bracelet d’identification, violet ou orange, ne pouvaient pas défiler. Pourtant, jamais le dispositif sécuritaire n’avait été aussi imposant : Deux mille policiers mobilisés, des tireurs disposés sur les toits et les rues adjacentes bloquées par des autocars, des autobus, avec parfois deux rangées de vans appartenant aux forces de l’ordre en travers de la chaussée et disposées à quelques mètres de distance. Sans compter les barrières tout au long du parcours afin d’empêcher le passage et permettre aussi la fouille des participants. Bref pas question d’avoir un nouveau drame. Celui d’une foule attaquée à coup de couteaux ou de voiture bélier, que ce soit par un religieux fanatisé ou un Palestinien radicalisé…
• Et maintenant foin des mots ! Place aux photos, avec ce florilège en forme de choses vues.
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Clochemerle ou le fait du Prince?

CLOCHEMERLE OU LE FAIT DU PRINCE ?

ISRAEL OBIT BENZION NETANYAHU

Photo: The Telegraph

Il y a un an mourait à 102 ans, le professeur Ben-Zion Netanyahou, le papa du Premier ministre israélien. Il y a 19 ans, c’était le professeur Yeshayahou Leibovitch qui disparaissait à l’âge de 91 ans. Le premier était historien, spécialiste de l’histoire des Juifs d’Espagne. Politiquement, il se plaçait résolument du coté du Sionisme révisionniste, celui de Zeev Jabotinsky dont il fut, un temps, le secrétaire personnel. Ce qui, dans l’Israël contemporain, l’a amené à défendre, même s’il n’était pas religieux, les idées du « Grand Israël », de la mer jusqu’au Jourdain et au delà. Le second, chimiste, historien des sciences, philosophe et moraliste, juif très pieux, était à l’opposé. Grand critique de la politique israélienne, il n’a cessé de dénoncer l’occupation des territoires palestiniens et la guerre au Liban. Il s’en est pris également aux élites politiques qu’il accusait régulièrement de corruption. Peu soucieux du « politiquement correcte », il n’a pas hésité à recourir à la provocation, ce qui en fit une des personnalités les plus impopulaires du pays. En fait une seule chose rapproche ces deux hommes : le fait qu’ils ont été, chacun en leur temps, des rédacteurs en chef de l’Encyclopédie Hébraïque.
Reste qu’aujourd’hui, les voilà à nouveau sur le devant de la scène pour une histoire « toute bête » : ce que j’appellerais « l’immortalité urbaine ». Autrement dit, cette tradition universelle qui veut qu’on perpétue la mémoire d’une personnalité exceptionnelle en donnant son nom à une rue, un lycée, une université, une autoroute etc.
En principe, selon les règles en usage à la municipalité de Jérusalem, il faut attendre 3 ans après le décès pour que la commission ad hoc puisse lancer la procédure qui verra tel lieu de la cité prendre le nom de celui qu’on veut honorer. Pourtant, pour Ben-Zion Netanyahou, les choses sont allées beaucoup plus vite. Certains parlent même d’une accélération sans précédent de l’Histoire. Depuis quelques jours, soit un an après sa mort, voilà qu’un échangeur routier porte son nom. Et pas n’importe lequel. Il s’agit de celui qui relie désormais le quartier de colonisation de Pisgat Zeev à la route 443 qui est en territoire occupé sur plusieurs dizaines de kms, avant de retrouver l’autoroute n°1 en direction de Tel-Aviv.
Fait du prince ? Politique électoraliste ? Ou procédure totalement légale ? Les avis sont partagés. Pour ce conseiller municipal étiqueté Meretz, petit parti sioniste de gauche, « la procédure accélérée est liée à la tentative du maire, Nir Barkat, d’empêcher le Likoud (un parti dont il se revendique) de présenter aux prochaines municipales (prévues à l’automne 2013) un autre candidat ». En revanche, selon les responsables de la mairie de Jérusalem, tout s’est déroulé dans la plus stricte légalité. « D’autant plus –expliquent-ils- que pour les échangeurs, la procédure n’est pas la même que pour les rues… ! » Et comme je respecte votre patience, je vous passerais le côté kafkaïen du processus concerné : d’abord sous-commissions puis commission ad hoc, chacune en charge de recommandation, autorisation, approbation. Sans oublier, en fin de parcours, le vote du conseil municipal, sans lequel tout est nul et non avenu !
Dans tous les cas, pour papa Netanyahou, une chose est sure : les bureaucrates concernés ont appuyé sur le champignon pour passer à la vitesse grand « V ». Avec en plus un trajet sans la moindre anicroche. Résultat : l’inauguration de l’échangeur et son « baptême » ont eu lieu quelques heures avant que le Premier ministre ne s’envole pour la Chine. L’occasion pour son fils, Benjamin Netanyahou, de déclarer : « Nous agissons continuellement et avec méthode afin d’unifier Jérusalem et d’en faire une partie intégrante de notre pays. Importante pour nous, Sion l’était aussi pour mon père. Ce n’est pas par hasard qu’il se prénommait « Ben-Zion » (Fils de Sion en français). Cela dit tout ! … Il me manque beaucoup… C’est lui qui m’a enseigné que notre plus grande responsabilité était d’assurer la sécurité d’Israël et de consolider son avenir. C’est cet héritage, cette tradition qui doit nous unir à toute heure du jour et de la nuit. »

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Photo: Le Monde Juif.

Ironie du sort ? Hasard de calendrier ? Perfidie journalistique ? On apprenait, à peu près au même moment, que la municipalité de Jérusalem avait enfin accordé « l’immortalité urbaine » à Yeshayahou Leïbovitch. La fin d’un long combat- plus ou moins 16 années- entre partisans et adversaires du philosophe. Il y a ne serait-ce qu’un mois, Nir Barkat avait suspendu le vote au conseil municipal en raison de l’accumulation sur son bureau des lettres et mails de protestations de hiérosolymitains, célèbres ou anonymes. Reste aujourd’hui une inconnue : l’endroit choisi pour honorer la mémoire de ce professeur de renom. Quel sera-t-il ? Une rue ? Un boulevard ? Une large avenue ? Une allée peu fréquentée ? Une impasse ? Un cul-de-sac ? La décision n’a pas encore été prise. Et d’aucuns, probablement des mauvaises langues, affirment déjà que ce n’est pas pour demain. Qu’il faudra même attendre plusieurs années ! Pourtant, si on en croit ce qui se dit dans la mairie, il devrait s’agir d’un espace goudronné au sein du campus Guivat Ram de l’université hébraïque de Jérusalem. Autrement dit quelque chose de pas trop voyant. Comme si une rue à ce nom dans un quartier résidentiel allait révulser les riverains qui n’auraient plus qu’une idée : déménager au plus vite. Sans parler des employés du tri postal qui devront se faire à l’idée d’une distribution de courrier à cette adresse. Et quid de la main qui écrira sur l’enveloppe « Rue Yeshayahou Leïbovitch ». Pourra-t-elle trouver le repos ?